BIDAULT (G.)


BIDAULT (G.)
BIDAULT (G.)

Georges BIDAULT 1899-1983

«La disparition de Georges Bidault attriste tous ceux qui ont connu le courage du grand résistant, successeur à la présidence du C.N.R. de Jean Moulin, l’homme d’État qui exerça de hautes responsabilités tout au long de la IVe République, et, quelque opinion qu’on en ait, l’homme de conviction de tous les combats qu’il estima devoir mener.» L’hommage de François Mitterrand n’est pas celui d’un ami politique. Au contraire. Il frappe pourtant par sa chaleur. C’est l’hommage d’un président de la République et plus encore d’un homme politique à un autre homme politique. L’un meurt oublié, l’autre, après bien des vicissitudes, a conquis le pouvoir. Tous deux ont été attaqués, calomniés, ils ont vécu la guerre et la IVe République. Acteurs de l’histoire, ils ont appris tous deux ce qui sépare l’histoire vécue de l’histoire écrite.

Avant l’exil, avant les palais nationaux, il y a un itinéraire original, marqué du sceau de la foi. Georges Bidault a d’abord été l’élève des jésuites, une formation qui laisse des traces. Pendant ses études à la faculté des lettres de Paris, qui déboucheront sur l’agrégation d’histoire (il est reçu premier en 1925 devant Pierre Brossolette et Louis Joxe), il s’engage dans l’Association catholique de la jeunesse française. Proche du «Sillon» de Marc Sangnier, ce jeune enseignant exerce son métier de professeur d’histoire d’abord à Valenciennes (1925-1926), puis à Reims (1926-1931), et enfin au lycée Louis-le-Grand jusqu’à la guerre. En même temps, il goûte à la politique au Parti démocrate populaire. «Bidault était passionné de politique. Sa façon de vivre était originale. Il allait aux réunions publiques, les cheveux au vent, ce qui scandalisait les vieux députés de notre groupe parlementaire. Il était bon orateur et disponible, en dépit de sa charge d’enseignant. Il se révéla très vite excellent journaliste. Il avait une foi sincère.» L’auteur de ces lignes, Georges Hourdin, résume bien le personnage de-Georges Bidault, bohème passionné de politique, chrétien et journaliste. À partir de 1934, Georges Bidault devient l’éditorialiste de L’Aube . Il y attaque l’Action française, critique les accords de Munich et dénonce la montée du nazisme en Allemagne. Son activité journalistique domine sa carrière politique. Membre de la commission exécutive du Parti démocrate populaire, il échoue dans sa tentative de se faire élire en 1936 à Domfront.

Volontaire pour le front en 1940 comme sergent d’infanterie, il est fait prisonnier près de Soissons. Libéré en juillet 1941 en tant qu’ancien combattant de la Première Guerre mondiale, il se réfugie en Haute-Savoie où il devient précepteur de la famille de Menthon. Il obtient ensuite sa nomination de professeur au lycée du Parc à Lyon en 1942-1943. Dans le même temps, il fonde avec François de Menthon, Pierre-Henri Teitgen et Edmond Michelet le mouvement «Combat».

Son poids dans la Résistance grandit. Représentant de la tendance démocrate-chrétienne au Conseil national de la résistance, Georges Bidault voit son rôle changer de nature à partir de 1943. Jean Moulin, le président du C.N.R., est arrêté. Torturé par Klaus Barbie, l’ancien préfet est exécuté. Pour la Résistance, c’est un coup très rude. Il faut trouver un successeur qui fasse la synthèse entre les différentes tendances. Cet homme de conciliation ce sera Georges Bidault, le «Bidot» que chercheront en vain les Allemands. Il évitera peut-être à la Libération une guerre civile. Le général de Gaulle, qui a le sens des symboles, le prend à ses côtés le 26 août 1944 pour descendre les Champs-Élysées, avant de faire de lui — seize jours plus tard — son ministre des Affaires étrangères. «De 1946 à 1948 il fut un homme clé du système.» L’historien Jean-Pierre Rioux résume on ne peut mieux le rôle qui attend Georges Bidault sous la IVe République. Fondée sur le tripartisme, la IVe République a besoin d’hommes comme Georges Bidault pour fonctionner. Jean-Pierre Rioux explique dans La Croix : «Les grandes idées ne viennent pas de lui: en 1950, la C.E.C.A. appartient à Robert Schuman et Jean Monet, la C.E.D. à René Pleven. Mais il a habilement louvoyé sans jamais savoir si la France d’après-guerre était la plus petite des grandes puissances ou la plus grande des petites. Il a tout endossé courageusement.» Fondateur du Mouvement républicain populaire (M.R.P.) avec Francisque Gay et André Colin, Georges Bidault joue un rôle de premier plan pendant toute cette période. Il préside d’ailleurs le M.R.P. de mai 1949 à mai 1952, date à laquelle il se voit désigné, au congrès de Bordeaux, «président-fondateur». Mais c’est surtout son activité gouvernementale qui lui vaudra sa notoriété, aux Affaires étrangères ou à la présidence du Conseil la plupart du temps.

Ministre des Affaires étrangères de la Libération, Georges Bidault franchit vite les étapes. À peine député de la Loire, il devient président du Gouvernement provisoire, succédant à Félix Gouin en juin 1946. Le M.R.P. est devenu en effet le «premier parti de France» aux élections du 2 juin. Georges Bidault ne cessera, jusqu’en 1948, d’occuper les fonctions de ministre des Affaires étrangères.

Successivement président du Conseil (1949-1950), vice-président du Conseil dans le cabinet Queuille (1950-1951), vice-président du Conseil et ministre de la Défense nationale dans les cabinets Pleven et Edgar Faure (1951-1952), puis président du Conseil désigné mais non investi par la Chambre des députés (juin 1952), il redevient ministre des Affaires étrangères dans le cabinet Laniel (1953-1954). L’arrivée au pouvoir de Pierre Mendès France en 1954 et le retour du général de Gaulle en 1958 l’éloignent ensuite définitivement du pouvoir. «Il fera tout pour l’abattre promptement, pâle d’impatience et de joie, faisant les cent pas sur le trottoir du quai d’Orsay», observe en 1954 un autre chrétien passionné de politique, François Mauriac, dans son bloc-notes de L’Express . Entre Mendès et Bidault, en effet, le courant ne passe pas. Des divergences politiques, dont Georges Bidault fait aussi une affaire personnelle, opposent les deux hommes. Comme ministre des Affaires étrangères en 1947, Georges Bidault a assisté à la conférence de Moscou. Sa rencontre avec Staline a fait de lui un anticommuniste convaincu. Mais l’Union soviétique le lui rend bien. En 1954, Molotov le récuse dans les négociations sur l’Indochine. Le gouvernement Laniel doit céder la place à... Pierre Mendès France.

L’abandon du Vietnam fait craindre à Georges Bidault des conséquences du même ordre, en 1958, avec l’Algérie. C’est pourtant le M.R.P. qui, par un vote, lui interdit le 22 avril 1958 de former un gouvernement réunissant les partisans les plus résolus de l’Algérie française. Reste alors un recours: de Gaulle. L’attitude de Georges Bidault face à l’homme de la France libre va s’articuler autour de cette idée simple: l’Algérie doit rester française et de Gaulle est le seul à pouvoir le faire. «Je suis aux côtés du général de Gaulle», commente ce visiteur de La Boisserie. Plus crûment, il explique à ses collègues parlementaires: «Entre la Seine et nous il n’y a que de Gaulle.» Réélu député le 30 novembre 1958, Georges Bidault observe l’évolution du nouveau président avec une certaine inquiétude. En 1959, il préside le bureau exécutif provisoire du Rassemblement pour l’Algérie française. En janvier 1960, l’accès du territoire algérien lui est interdit du fait de son activisme. Le 15 juillet 1962, l’Assemblée nationale lève son immunité parlementaire: il est accusé de «complot contre la sécurité de l’État». On le soupçonne d’être le successeur désigné du général Salan à la tête de l’O.A.S., ce qu’il niera toujours. C’est l’exil: Italie, Allemagne, Portugal, Brésil, Belgique. Il crée un deuxième C.N.R. Avant de rentrer en France en juin 1968. Seul.

Le philosophe démocrate-chrétien Étienne Borne écrira à sa mort: «La suite, douloureuse pour tous, fut celle d’un combat désespéré pour une cause perdue dans la logique hallucinatoire d’une deuxième résistance, avec les tristesses de l’exil, et puis l’amertume hautaine d’une solitude irréconciliable.» Mme Bidault sera plus directe: «Comme mon mari était un rebelle aux yeux du général de Gaulle, ce dernier ne lui a jamais pardonné, car il ne pardonnait pas que l’on ne soit pas à sa botte. Depuis son retour en France, mon mari a été tenu à l’écart de tout par tous les hommes politiques, Giscard y compris: une sorte d’exil en France, si vous préférez.»

Encyclopédie Universelle. 2012.

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